Que c’est bon l’intelligence ! Il est – trop – rare de sortir d’une conférence en ayant cette pensée. Au midi de la poésie, Yannick Haenel est venu présenter sa vision de l’Enéide de Virgile. Une vision actuelle, celle d’un lecteur et d’un écrivain de 2010. Une personne qui regarde à travers les âges et l’influence d’une œuvre majeure. Haenel prévient d’un classicisme, d’un texte d’un autre âge, mais il se fait passeur. Celui qui, à l’image du héros qu’il décrit, transmet la parole.
Énée est la figure du vaincu, de l’exilé, du survivant. En cela, il est un personnage contemporain et mérite notre attention. Haenel va plus loin dans son analyse et voit dans l’Énéide un récit sur le passage, méthode initiatique, transmission entre le père et le fils et aussi passage au travers sa propre mort pour faire entendre son père. Virgile est lui même cette parole qui aide Dante dans l’enfer et le purgatoire. Le passage de la mort à la vie. Virgile est le lien entre le monde grec d’Homère et le monde moderne de Dante.
Mais il est plus raisonnable de ne pas trahir la pensée profonde et subtile de Yannick Haenel. Il sortira dans le courant de cette année 2010 un ouvrage sur l’Énéide. Cela laissera le temps de lire l’Énéide et le précédent ouvrage d’Haenel, Cercle. On peut également lire savoirs de guerre de Christophe Van Rossom que Haenel invite chaudement à lire.
Retenons que l’essence de la littérature est de trouver la parole pour le vivant.