Étonnamment, il n’existe pas d’émission sur les chaînes de télévision généralistes francophones qui couvrent les nouveaux médias ou le numérique, y compris dans ses déclinaisons grand public comme les téléphones portables ou les jeux vidéos. Pourtant les taux de pénétrations tant dans la possession que dans l’usage des appareils numériques sont colossaux. Pourquoi l’intérêt est-il donc si marginal ?
Une curiosité anime les journalistes pour ce qui concerne les avancées technologiques, les faits de société en lien avec internet, etc., mais le traitement journalistique peut être disproportionné. Il est fréquent d’entendre parler de révolution, je pense par exemple à second life – si quelqu’un s’en rappelle encore –, ou au contraire d’un nouveau gadget comme l’iPhone. Les motivations semblent être liées à la recherche du scoop ou pires à l’impératif de parler de ce que les autres évoquent. En même temps, une volonté de vulgarisation est présente. On passe souvent par une explication des mécanismes de base avant d’en venir aux faits proprement dits. L’information devient fastidieuse, incompréhensible, voire incorrecte.
En résumé, il manque de journalistes spécialisés qui maîtrisent les tenants et aboutissants du numérique. C’est malheureusement un peu court, car il y a fort à parier que ces journalistes existent, mais qu’on ne leur donne pas un contexte télévisuel approprié. Nous voilà renvoyés aux choix éditoriaux des chaînes. Pour nous éclairer, prenons d’autres exemples présentant des similarités.
Chaque chaîne à son émission sur les automobiles. Relativement courtes, elles présentent les nouveaux modèles, réalisent l’un ou l’autre essai, donnent des conseils pratiques et un brin d’actualité sportive. Le parallèle avec un appareil comme l’ordinateur est faisable, grand nombre de véhicules circulant, rapport pouvant être passionné, nouveautés fréquentes, etc. Il existe également des émissions de vulgarisation scientifique. Souvent avec des budgets dérisoires, elles oscillent entre télévision éducative pure et dure et «branchitude décalée», mais de toute façon, elles ont un public relativement peu nombreux. Il y a donc des émissions de niches (voitures) et à forte technologie ajoutée (vulgarisation).
Le parallèle qui me vient à l’esprit est la mode. Il s’agit d’objets usuels, à fort renouvellement – bien que saisonnier –, glamour, des coulisses intéressantes, etc. Bref, les ingrédients parfaits pour une émission thématique réussie. Là aussi, bizarrement, que des chroniques ou des minireportages au J.T.
Il ne me semble pas y avoir de raisons objectives à l’absence d’émission télévisée sur le numérique. Au contraire, le nécessaire apprivoisement de ces technologies et de ces nouveaux médias est parfaitement dans le cadre des missions de service public. Plus généralement, la télévision – média de masse – est l’endroit idéal pour parler, voir et construire notre rapport au numérique.
