Service public gratuit d’accès à internet

Le 28 février 2010, dans Numérique, par Miguel Quaremme

Internet s’impose de plus en plus dans nos vies. Il devient incontournable pour la recherche d’informations, pour ses services de courrier électronique, pour réserver des billets d’avion, mais également dans notre vie professionnelle ou pour la recherche d’emploi. Nous devenons également des «e-citoyens» quand nous remplissons notre déclaration d’impôt par internet ou que nous pouvons signer numériquement grâce à nos cartes d’identité électroniques.

L’accès à internet est donc devenu un enjeu important. La notion d’accès elle-même est devenue centrale dans notre société où comme le note très justement Jeremy Rifkin «nous sommes passés de l’âge de la propriété à l’âge de l’accès». C’est-à-dire que la propriété de la chose à moins d’importance que l’accès au service. Un exemple simple est le téléphone qu’on vous fournit pour un euro symbolique si vous prenez un abonnement de deux ans aux services de téléphonie mobile. L’objet téléphone n’est plus que le moyen pour l’accès.

Plus pragmatiquement, on constate également une tendance aux services accessibles uniquement en ligne et qui réclament dès lors une connexion à internet permanente pour être utilisés. On nomme cela cloud computing, l’informatique dans les nuages. Le fer de lance de cette tendance est Google et ses services Gmail, Calendar, Docs, etc. avec comme point d’orgue le système d’exploitation Chrome OS qui propose comme unique programme un navigateur qui permet d’avoir accès aux services en lignes de Google.

Poser la question de l’accès, c’est aussi poser la question du coût. Or, on observe que les coûts peuvent être minimes ou qu’une pseudogratuité est souvent de mise. En réalité, on peut dire que le coût réel est difficile à appréhender, car ils sont volontairement cachés et ils sont complexes à calculer. La tenue de profils personnels sur les habitudes des internautes ou la recherche de mots clés sur les courriels sont de bons exemples, car comment savoir les informations véritablement recueillies et combien valent-elles.

Il est certain que si les prix de l’accès à internet devaient baisser, ce serait parce que le rendement des autres moyens de rentabiliser la connexion à internet et à ses services aurait augmenté. La centralisation des données personnelles sur internet, appelé par Benjamin Bayard «minitel 2.0», est une bonne voie pour encore plus nous rendre dépendants à de sociétés dont le profit est le credo principal, si pas unique. Cette centralisation se ferait au mépris de notre contrôle sur nos données, de notre vie privée ou de notre droit à l’oubli.

Les enjeux citoyens, culturels et économiques sont énormes. On peut parler de véritable choix de société et la raison d’être du service public est justement de s’occuper des choses trop importantes pour être laissées à des intérêts privés. Il convient donc de considérer sérieusement un service public d’accès gratuit à internet où le mot gratuit veut dire qu’on le paye avec nos impôts et que nos données transitent par un organisme qui vise à l’intérêt commun et à la défense de notre vie privée.

En téléchargement, le diaporama de la présentation que j’ai donnée dans le cadre de la conférence Wi-Fi pour tous ? de la Ligue des Droits de l’Homme le 26 février 2010.

 

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