Des petites annonces

Le 16 mai 2010, dans Médias, Numérique, par Miguel Quaremme

On se réveille certains matins avec la sensation d’être au troisième millénaire. La pénible tâche qui consiste à scruter des centaines de petites annonces dans un journal toutes-boîtes, écrites en tout petit, classées sommairement, actualisées chaque semaine et sans images est finie. Nous sommes dans l’âge du numérique où le monde est cliquable. Les sites de petites annonces sont nombreux et couvrent tous les aspects de notre vie. Néanmoins, on doute parfois de la véracité de certaines d’entre elles. Qui vérifie la véracité des informations ?

Nous voilà donc avec une voiture d’à peine quelques années, au kilométrage limité et à un prix inférieur de deux mille d’euros du prix de vente habituel. Une affaire en or ! Un courriel plus tard. On reçoit une réponse d’un couple de retraités partis pour une destination lointaine. Ne pouvant être là pour la transaction, ils confient leur voiture à un «livreur-expert». Ils demandent nos coordonnées et également le lieu et la date de livraison souhaités. Bizarre ! Évidemment, ma perspicacité détecte alors l’arnaque voire la tentative de coup fourré. À mieux y regarder, l’affaire est trop belle, le numéro de téléphone est erroné et la voiture à des plaques masquées sauf une indication d’un garage norvégien… En réalité, j’ai vu en quelques heures une dizaine d’arnaques aussi flagrantes. Mais que fait le site !

Sur ces sites de petites annonces, il est proposé de dénoncer les anomalies et les fraudes. Les utilisateurs ont donc une fonction d’autorégulation. Faut-il crier au scandale, d’autant que ces sites se font beaucoup d’argent sans protéger leurs utilisateurs ? La question est délicate.

Dans mon exemple, l’arnaque est facilement déjouable pour quelqu’un d’attentif à la chose. Le prix de l’attention est important et nécessite un opérateur sachant combiner les différents éléments de l’annonce. Mais ne risque-t-on pas d’éliminer des annonces légitimes par souci d’uniformisation des prix par exemple ? Peut-on empêcher de jolies photos d’une jolie personne sur un site de rencontre sous prétexte que bien souvent il s’agit d’annonces frauduleuses ?

Imaginons un opérateur ayant quelques outils statistiques (pour déterminer les prix moyens et ceux sortant de l’ordinaire par exemple), quelques règles concernant les adresses de courriel valides et des numéros de téléphone également valides (à tout le moins une vérification sur l’indicatif et le nombre de chiffres) et des mots ou expressions clefs. Pour allez plus loin, on pourrait même imaginer un filtre bayésien. Bref, des outils d’aide à la vérification dignes du vingt-et-unième siècle. Les quelques milliers d’annonces hebdomadaires pourraient être vérifiées.

Le problème est que l’arnaque fonctionne aussi avec des annonces crédibles. Il ne faut pas forcément l’image d’un canon de beauté pour attirer l’âme seule, ni d’un prix bradé. Les sites proposent systématiquement des conseils d’utilisation de leurs services avec des conseils pour éviter la fraude. La question est comment informer sans créer la panique, ni entraver la bonne marche du commerce que l’acheteur souhaite autant que le vendeur.

En partant d’une simple petite annonce, on arrive à se poser la question de la vigilance en affaire, de la lutte contre la fraude et de l’éducation aux nouveaux médias. Il est effectivement facile et peut-être réducteur de croire que nous serions plus prudents en vrai.

 

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